La profession

Portraits de membres

Dr Michel Carrier, m.v., I.P.S.A.V., M. Sc., DACVO

La fonction de doyen

Occuper la fonction de doyen de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, la seule faculté d’enseignement vétérinaire francophone en Amérique du Nord, est particulièrement exigeant et requiert un engagement sans limite. Pour occuper un tel poste, il faut avoir une étoffe de bâtisseur, car les défis sont nombreux et les attentes des différentes parties prenantes sont grandes et souvent non convergentes. Être doté de vision ne suffit pas. Il faut être capable d’exercer un leadership rassembleur, mobiliser les équipes vers l’atteinte d’objectifs communs, posséder de solides habiletés politiques, être déterminé et faire preuve d'humilité, de résilience et de courage managérial. Il faut être capable de manœuvrer contre vents et marées, dans un environnement complexe et dans des contextes changeants, en plus de saisir toutes les occasions qui peuvent se présenter pour faire croître l’institution et assurer son rayonnement.
Un coup d’œil sur la carrière du Dr Michel Carrier, spécialiste en ophtalmologie vétérinaire, permet d’apprécier tout l’engagement de ce professionnel motivé par le développement de la médecine vétérinaire et chérissant une vision pour le développement de son alma mater qu’il partage très rapidement avec ses collègues de travail et son entourage.

Le Dr Carrier a su naviguer en eaux calmes et à marée haute, affrontant des vents contraires et des vents porteurs avec la détermination que tous lui reconnaissent. Ses réalisations sont nombreuses et sa contribution au développement de la médecine vétérinaire au Québec est remarquable.
« Michel, c’est pour moi un capitaine de bateau qui, dès le départ, sait que la mer sera houleuse, tout en sachant que la pêche sera bonne et qui, de toute façon, fera tout, et intègrera tout le monde, pour qu’elle le soit. Non seulement il n’abandonnera pas le navire, mais il naviguera avec tout l’équipage et les instruments dont il dispose. C’est un capitaine qui aime autant la mer que la pêche, son équipage et son bateau, et ce, coûte que coûte », précise le Dr André Vrins, médecin vétérinaire retraité qui a travaillé pendant 22 ans avec le Dr Carrier alors qu’il était professeur en médecine interne équine, directeur du département de sciences cliniques et vice-doyen à la formation professionnelle à la Faculté.

Un enfant choyé et doué

Natif de Shawinigan et cadet d’une famille de cinq enfants dont le père travaillait pour le gouvernement fédéral, le Dr Carrier a eu le bonheur de grandir entouré d’une fratrie tissée serrée et d’être bercé par trois sœurs aînées aimantes et protectrices. Les animaux, particulièrement les chiens, ont rapidement occupé une place importante dans la vie du jeune garçon. Jeune homme très brillant, il excellait en sciences au collégial, notamment en mathématiques et en physique. Accepté en médecine et en médecine vétérinaire, il devait faire un choix, et il opta finalement pour la médecine vétérinaire, préférant traiter les animaux plutôt que les humains.

Une formation universitaire de grande qualité

 

Le Dr Carrier amorça des études à la Faculté de médecine vétérinaire en 1978. Président de classe de 1978 à 1982, le Dr Carrier assuma très tôt d’importantes responsabilités. Son engagement étudiant lui aura permis de développer des habilités, notamment son leadership, sa capacité à communiquer aisément avec ses confrères et consœurs et négocier avec la direction et le personnel administratif de la Faculté.

Tout au long de sa formation universitaire, il hésita entre le domaine des animaux de compagnie et des grands animaux, car le milieu rural l’intéressait grandement. Influencé par les sommités et les mentors qui l’entouraient, notamment le Dr Norbert Bonneau en chirurgie et la Dre Paule Blouin en ophtalmologie, il décida d’orienter sa carrière en ophtalmologie des animaux de compagnie, car cette spécialité marie à merveille la chirurgie et la médecine. Il était donc comblé.

Au terme de quatre années d’études, le Dr Carrier a obtenu son doctorat en médecine vétérinaire en 1982. Il a poursuivi ses études et a complété un internat dans le domaine des animaux de compagnie en 1983, puis une maîtrise en sciences cliniques – spécialisation ophtalmologie – en 1985. Il quitte le Québec en 1985 afin de réaliser une résidence en Floride et revient au Québec en janvier 1988.

Une carrière facultaire stimulante

De retour au Québec, le Dr Carrier pratiquera sa spécialité au Centre vétérinaire Rive-Sud pendant un an avant de joindre les rangs de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal en 1989 à titre d’enseignant. Il a alors eu le plaisir de travailler avec ses professeurs et amis, les Drs Norbert Bonneau et Luc Breton. En 1990, il devient responsable de secteur et le demeurera jusqu’en 2001, soit jusqu’à sa nomination à titre de vice-doyen aux affaires cliniques de la Faculté. Les dix années passées à titre de responsable d’un secteur lui auront permis de se développer. Il a acquis non seulement des connaissances, mais aussi de précieuses habiletés. Il se dit choyé et très reconnaissant d’avoir eu la chance de se développer autant à l’intérieur d’une même organisation.

Le Dr Carrier est profondément attaché à l’institution d’enseignement qu’est l’Université de Montréal et à la Faculté de médecine vétérinaire qu’il dirige. Alors que son sentiment d’appartenance primaire était envers le CHUV, il s’est par la suite élargi à toute la Faculté puis à l’Université de Montréal tout entière.
Le Dr Carrier souhaite que les nouvelles générations de médecins vétérinaires puissent à leur tour s’intéresser aux postes à la Faculté de médecine vétérinaire, car l’institution permet aux professionnels d’avoir de très belles carrières. La progression au sein de l’organisation est stimulante et permet aux professionnels de se développer.

Assumer avec détermination la fonction de doyen

Après avoir occupé le poste de vice-doyen aux affaires cliniques de la Faculté de médecine vétérinaire pendant quatre ans, le Dr Carrier a été nommé administrateur exerçant les fonctions de doyen en janvier 2010 pour un mandat de deux ans se terminant en décembre 2011. En janvier 2012, il a été nommé doyen de la Faculté pour un mandat de quatre ans, puis en 2016, son mandat a été renouvelé pour une période de deux ans se terminant en 2018.
Le processus de nomination d’un doyen est complexe, car beaucoup d’intervenants sont appelés à se prononcer, contrairement au processus de recrutement et de nomination dans le secteur privé ou même public. Les enseignants et les différents groupes externes sont invités à se prononcer. La nomination d’un doyen est donc une décision collective.

Tout au long du mandat, le doyen doit rester concentrer sur ses objectifs, car la gestion courante fait rapidement perdre la perspective d’ensemble. De plus, plaire à toutes les parties est impossible. Il faut accepter la critique. En haut de la pyramide, le gestionnaire est bien seul, mais par chance, il pourra compter sur l’appui et les conseils des doyens qui l’ont précédé, car eux seuls connaissent la fonction et ses exigences.
Le plus grand défi du doyen est de convenir d’une vision commune et de mettre chacun des individus et chacune des unités à contribution. Mobiliser les étudiants, les professeurs, les cliniciens, le personnel administratif et le personnel de soutien est un grand défi.

De plus, la Faculté doit être tout aussi concurrentielle que le secteur privé pour pouvoir maintenir la capacité d’attraction et de rétention des spécialistes, ce qui est également un défi. La Faculté a des contraintes que le secteur privé n’a pas et conserver l’agilité est un enjeu important.

Les grandes réalisations

Les réalisations des dernières années sont nombreuses, mais en tête de liste figurent sans aucun doute le renouvellement de l’accréditation de l’AVMA en 2012, l’acquisition des bâtisses du CIAQ, le développement d’un microprogramme en santé publique, ainsi que le développement et l’implantation du programme de formation par compétences à l’automne 2014. Un travail colossal et de longue haleine a été réalisé par une équipe dévouée, mais il reste encore beaucoup de travail à faire, car plusieurs ont encore de la difficulté à voir la plus value de cette nouvelle approche pédagogique qu’est le programme par compétences. Cette approche vise à former des médecins vétérinaires possédant une bonne base de connaissances et des compétences qui leur permettent de mieux répondre aux exigences du marché du travail et à l'évolution rapide de la médecine vétérinaire.

De plus, au cours de son mandat, le Dr Carrier a soutenu l’augmentation du nombre d’étudiants dans les cohortes passant de 84 étudiants en 2010 à 90 étudiants actuellement, et ce nombre augmentera à 96 d’ici 5 ans.

Enfin, le Dr Carrier vient tout juste de compléter le plan stratégique 2016-2020 projetant la Faculté jusqu’en 2030. Ce plan est composé de 5 ou 6 orientations et permet de guider les décisions de gestion et les chantiers des différentes unités. Une première série de livrables est prévue dès 2017.

Dr Michel Carrier, m.v., I.P.S.A.V., M. Sc., DACVO

Dr Gilles Demers, m.v., M. Sc.

C’est le 10 août 2016, à l’âge de 66 ans, que le Dr Gilles Demers s’est éteint, laissant dans le deuil sa famille et ses proches, mais aussi de nombreux médecins vétérinaires qui le voyaient comme un mentor. Tout au long de sa carrière, le Dr Demers a défendu l’adoption et l’application d’un cadre éthique entourant l’utilisation des animaux pour les recherches scientifiques et médicales. Il a ainsi pavé la voie pour toute une génération de médecins vétérinaires souhaitant œuvrer dans le domaine des animaux de laboratoire. L’Ordre rend hommage à cet homme de cœur, récipiendaire de l’Ordre du mérite vétérinaire 2016 à titre posthume.

Le Dr Demers a gradué de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal en 1974. Dès lors, il a été recruté par la Faculté  de médecine vétérinaire comme clinicien et enseignant, tout d’abord à l’hôpital des grands animaux (1974-1975), puis à l’hôpital des petits animaux (1975-1977). Il s’établit par la suite en pratique privée des animaux de compagnie  en fondant l’Hôpital vétérinaire de Beloeil grâce à la vision de sa femme qui en dessine les plans. Au-delà de la fondation de cette clinique, cette union heureuse le gratifiera de deux filles et durera 39 ans, soit jusqu’à son décès.

En 1986, il prend un nouveau virage et fonde une firme de consultants, Vetconsult. À titre de président, il coordonne des projets spéciaux au Canada et à l’étranger tels que la mise sur pied d’un laboratoire de santé animale et d’une station de quarantaine.

Un chapitre marquant

En 1993, il entreprend un nouveau chapitre de sa carrière en devenant le premier directeur francophone des évaluations au sein du Conseil canadien de protection des animaux (CCPA). Le CCPA est un organisme indépendant et autonome qui encadre l’utilisation éthique des animaux en science au Canada. Durant 22 ans, le Dr Demers a guidé des équipes de médecins vétérinaires et de chercheurs dans l’évaluation des quelque 200 institutions canadiennes participant au programme du CCPA (universités, collèges, compagnies pharmaceutiques et biotechnologiques, laboratoires privés et gouvernementaux utilisant des animaux en recherche, en enseignement ou dans des tests). Il a assuré le respect et l’avancement des normes encadrant le bien-être animal. Il a collaboré au développement de lignes directrices sur des problèmes émergeant associés à l’utilisation des animaux. Ce faisant, il a changé complètement l’approche des évaluations, passant d’un inspectorat rigide et à sens unique, à une approche collégiale, en accompagnant les institutions vers une amélioration constante de leur programme de soin et d’utilisation des animaux.

Vers la fin des années 1990, grâce à l’innovation et à la détermination du Dr Demers, le CCPA apporte un changement crucial au Programme des évaluations avec la création du Certificat de Bonnes pratiques animales. Le certificat est attribué aux institutions qui obtiennent un statut de conformité. La création de ce certificat a permis au Canada d’avoir un symbole facilement reconnaissable pour les programmes de soin et d’utilisation des animaux qui respectent les normes nationales. Ce certificat est largement utilisé par les organismes scientifiques et réglementaires, de même que par les organisations qui désirent s’assurer que l’institution avec laquelle ils projettent de collaborer respecte les normes nationales.

Une carrière internationale

En parallèle de ce pan important de sa vie, le Dr Demers s’est impliqué bénévolement au sein de l’International Council for Laboratory Animal Science (ICLAS), une organisation internationale scientifique des Nations Unies (UNESCO) dédiée à l’avancement de la santé humaine et animale par la promotion des soins et d’une utilisation éthique des animaux en recherche à travers le monde, mais particulièrement dans les pays en voie de développement. En 1999, il devient secrétaire général, puis il est élu président de l’ICLAS. Son implication le mènera à travers le monde, tissant des liens entre l’Amérique du Nord, l’Europe et les économies émergentes d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie.

Les honneurs et la retraite

En 2008, il recevra le prestigieux « Charles River Award » de l'Association canadienne de la médecine des animaux de laboratoire en reconnaissance de sa carrière et de ses réalisations pour la promotion de la médecine et du bien-être des animaux de laboratoire. Cette même année, il est nommé professeur honorifique de l’Académie Chinoise des Sciences Médicales de l’Union des Collèges de Médecine de Pékin. L’ICLAS en fera un membre honorifique en 2012.

Après une carrière bien remplie, le Dr Demers prend sa retraite en mars 2015. Afin de faire une différence, il a choisi avec courage et persévérance d’exercer une influence au plan national et international pour des effets globaux et durables. Il a mené dignement la profession vétérinaire au-delà des conventions et des frontières. Son parcours tout à fait exceptionnel et sa carrière riche en expériences hors du commun en font un candidat tout désigné pour recevoir l’Ordre du mérite vétérinaire.

Dr Gilles Demers, m.v., M. Sc.

Dre Susan Doyle, m.v.

Par Dr Frédéric Sauvé, m.v., M. Sc., DES, DACVD 

C’est en 1972 que graduait une des premières femmes de l’histoire de la médecine vétérinaire québécoise. En effet, Dre Susan Doyle a été la 10e femme à obtenir un diplôme de ce programme. Une femme exceptionnelle qui a marqué la vie de plusieurs médecins vétérinaires qui ont eu la chance de croiser son chemin.

C’est une histoire remarquable et inspirante que l’histoire de Susan Doyle. D’abord, pour avoir osé rêver d’être médecin vétérinaire à une époque où la gent féminine était bien souvent reléguée à des rôles autres. Puis, pour avoir su faire sa place au sein d’une communauté masculine et avoir su prouver sa valeur et ses compétences.

Animée et stimulée par la pratique des animaux de compagnie, c’est avec beaucoup de courage et de convictions qu’elle décida de s’investir dans la pratique pour animaux de compagnie plutôt que de pratiquer auprès des grands animaux, pratique plus valorisée à l’époque. C’est à Longueuil qu’elle ouvrit la Clinique vétérinaire de Lyon, où elle soigna, dans les premières années de sa pratique, des chevaux en plus des animaux de compagnie. Quelle ambition que d’oser devenir une femme d’affaires et démarrer une telle entreprise! C’est d’ailleurs au sein de cette même entreprise qu’elle a pratiqué tout au long de sa carrière.

Dotée d’une grande ouverture d’esprit et motivée par le désir de soigner le plus grand nombre d’animaux souffrants, elle a aidé et aimé ses patients autant que ses clients qui provenaient bien souvent d’un milieu plus défavorisé.

C’est à cette clinique que plusieurs médecins vétérinaires ont fait leurs premiers pas dans le monde vétérinaire! En effet, Dre Doyle accueillait dans son établissement bon nombre de stagiaires. Tous y ont rencontré une femme dévouée, inspirante et d’une grande expérience. Durant ces stages, elle aura été une grande source d’inspiration et de motivation pour de nombreux étudiants qui ont pris goût à la pratique de la médecine vétérinaire à ses côtés. Dre Susan Doyle a été une femme entrepreneure d’expérience sans pareil.

En tant que femme médecin vétérinaire, elle a pavé la voie à de nombreuses femmes qui se sont inspirées de son parcours. Elle a laissé également un héritage indéniable dans le paysage de la ville de Longueuil, où sa clinique a toujours pignon sur rue et où elle a d’ailleurs sauvé la vie d’un policier en service ayant été atteint par une balle de fusil. Elle aura aussi marqué à jamais bon nombre de ses concitoyens qui ont pu profiter de son expertise. Grâce à son amour des animaux, elle a inspiré un grand nombre d’étudiants et de jeunes médecins vétérinaires.

De son enseignement, chacun retiendra qu’il est possible de pratiquer avec cœur. Beaucoup de gens qui ont côtoyé Dre Doyle ont trouvé auprès d’elle un réconfort et un bien-être incommensurables.

Chère Dre Doyle, la communauté vétérinaire se joint à moi pour vous remercier pour votre apport à la médecine vétérinaire.

Dre Susan Doyle, m.v.

Dr Jean Flipo, m.v.

Par Patricia Noël, coordonnatrice du Service des communications

C’est le 2 septembre dernier, à l’âge de 90 ans, que la profession perdait un de ses plus grands pionniers, le Dr Jean Flipo. Véritable bâtisseur, il a contribué de façon notable à l’essor de la médecine vétérinaire durant toute la seconde moitié du XXe siècle et plusieurs le considèrent d’ailleurs comme le père de la médecine vétérinaire des petits animaux au Québec.

Le Dr Flipo, après avoir été admis à l’École de médecine vétérinaire à Oka en 1944, termine son D.M.V. en 1949, alors que l’École s’est installée à Saint-Hyacinthe où elle bénéficie des anciennes baraques de l’armée. La même année, il est engagé à titre de professeur pour enseigner la pharmacie et la pharmacologie vétérinaires. Il poursuivra sa formation en pharmacie à la Faculté de pharmacie de l’Université de Montréal puis, à partir de 1950 et pour cinq ans, il enseignera la pharmacie vétérinaire et la médecine des petits animaux, incluant la chirurgie.

Durant les étés qui suivront, il développera ses compétences et se perfectionnera au College of Veterinary Medicine de l’Université de Cornell, notamment en orthopédie canine. À compter de 1955, il se consacre uniquement à l’enseignement et à la pratique des petits animaux à l’École de médecine vétérinaire de la province de Québec, qui deviendra, en 1969, la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

TRACER LA VOIE

Durant plusieurs années, il fut le seul professeur dans le secteur des petits animaux. Il enseigne tout : radiologie, anesthésie, dermatologie, pharmacologie, chirurgie, orthopédie. Croyant fermement en la pertinence de ce secteur de pratique, il consacrera toute son énergie à en développer les aspects cliniques. Assidu et excellent pédagogue avec des cours remplis d'anecdotes, il savait divulguer les notions de médecine, de chirurgie ou d'orthopédie avec tout autant enthousiasme. Il réussit à intéresser les étudiants de l’époque à la pratique de la médecine des petits animaux, ce qui ouvrira la voie de la spécialisation et conduira à l’essor considérable de ce domaine de pratique.

UNE RÉALISATION QUI A MARQUÉ L'HISTOIRE

On se souviendra surtout de Dr Flipo pour avoir mis en place le premier hôpital des petits animaux de l’École de médecine vétérinaire. Après avoir enseigné dans de vieilles baraques militaires durant près d’un quart de siècle, il réussira finalement à atteindre son objectif de toujours; l’ouverture d’un véritable hôpital pour petits animaux, dans des installations modernes, au printemps 1975. Ces installations (1975-2005), dont il avait lui-même élaboré méticuleusement les plans, changèrent le visage de l’enseignement de la médecine des petits animaux pour toujours.

LA RETRAITE ET LES HONNEURS

Dr Flipo a pris sa retraite en 1985 et, cette même année, il a reçu la médaille de saint Éloi décernée par l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec. Par la suite, il a continué à contribuer au développement et à la bonne pratique de la profession en occupant les postes de syndic adjoint de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec de 1978 à 1988, puis de syndic correspondant de 1989 à 1996.

En 1999, l’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux lui décerne le prix Damase-Généreux pour son immense apport au développement de la médecine vétérinaire des petits animaux au Québec.

La profession par la voix de l’Ordre, de l’Association des professeurs retraités de la FMV, du Regroupement des vétérinaires retraités et de la Société de conservation du patrimoine tient à souligner l’apport inestimable de Dr Flipo au développement de la profession, à la formation de plusieurs générations de médecins vétérinaires et à la protection du public.

Cher Dr Flipo, merci pour votre engagement et votre détermination qui ont joué un rôle déterminant dans l’histoire de notre profession.

Source photo : FMV

Dr Jean Flipo, m.v.

Dr Gilles Lussier, m.v.

Par Dr Grégoire Marsolais, m.v.

Le 3 mai dernier, la Société de conservation du patrimoine vétérinaire québécois décernait le prix Victor-Théodule-Daubigny au Dr Gilles Lussier.

Le Dr Lussier a toujours été un homme réservé. Comme son travail concernait les animaux de laboratoire, et que cette discipline était plutôt marginale au sein de la profession, il n’a pas joui de toute la reconnaissance qu’il méritait.

En 1959, alors qu’il vient d’obtenir son diplôme, Dr Gilles Lussier s’inscrit, à la grande surprise de ses confrères d’études, à l’Université de Guelph pour obtenir sa maîtrise en sciences. À son retour, sur recommandation du Dr Maurice Panisset, il envoie sa candidature à l’Institut de microbiologie d’hygiène de l’Université de Montréal (devenu plus tard l’Institut Armand-Frappier (IAF)) et est engagé. Comme premier mandat, on lui confie la responsabilité du laboratoire d’histopathologie, principalement le contrôle des vaccins produits par l’institut et le soutien aux chercheurs.

Dr Lussier avait la fibre du chercheur. Grâce à ses premières expertises, il se rend compte que, pour obtenir des résultats fiables lors de l’utilisation d’animaux de laboratoire, il faut des sujets en santé. Rapidement, il entreprend de contrôler l’état de santé des animaux devant servir aux expériences, en développant des tests de contrôle. En 1976, il met sur pied le Service de dépistage des pathologies des animaux de laboratoire. Ce service, alors unique, a été reconnu à l’échelle internationale comme laboratoire canadien de référence par l’International Council for Laboratory Animal Science (ICLAS) lors d’une réunion tenue à Washington, devenant le premier laboratoire en Amérique à être ainsi reconnu internationalement. Affluent vers ce laboratoire des échantillons issus de centres de recherche québécois, de provinces canadiennes et même de plusieurs états américains.

Tout en continuant d’assumer la direction de son laboratoire, il rend utiles ses talents de bâtisseur à l’Afrique. Tout d’abord, sous les auspices de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), il est responsable de l’implantation d’un laboratoire de diagnostic des infections virales humaines à l’Institut national d’hygiène de Lomé, au Togo.

Fier partenaire de la mission de l’institut dans la production des vaccins, il organise au Zaïre et au Togo de vastes campagnes de vaccination contre la rougeole, dans le but de démontrer l’efficacité du vaccin produit par l’IAF dans des conditions climatiques tropicales, car ce vaccin est extrêmement sensible à la chaleur. Ces activités l’ont conduit une bonne quinzaine de fois en territoire africain et souvent dans des conditions politiques explosives.

De 1971 à 1973, il se rend à Saskatoon pour y obtenir son doctorat. Durant ces deux années, tout en poursuivant ses travaux de recherche, il accomplit sa tâche de pathologiste pour l’institut. Chaque semaine, sa technicienne lui prépare et lui achemine des lames, issues des divers projets de recherche ou de contrôle de lots de vaccins. Plus tard, au cours des années 1980, il réalise un stage de perfectionnement à l’Université Yale au Connecticut.

Lors du transfert de l’institut à l’Université du Québec, il est élu premier directeur du Centre de recherche en virologie et occupe ce poste pendant huit ans.

À trois reprises au cours des années 1980, il est invité par les autorités du ministère de la Science et de la Technologie ainsi que de l’Académie de médecine de Chine. Il doit alors présenter des séries de conférences portant principalement sur les infections des animaux de laboratoire, en vue de sensibiliser les chercheurs aux nombreuses complications pouvant découler de l’utilisation d’animaux mal portants. Il doit également décrire aux autorités chinoises les lignes directrices relatives à l’utilisation rationnelle d’animaux de laboratoire en recherche biomédicale.

Durant toutes ses années d’enseignement, il participe à titre d’auteur ou de coauteur à près de 300 publications et communications scientifiques. Aussi, en 1991, à la fin de sa dernière année à l’IAF, il reçoit le prestigieux prix Charles-River, décerné par l’Association canadienne pour la science des animaux de laboratoire.

Pendant cinq ans, il est président de l’Association des professeurs-chercheurs de l’IAF. C’est comme président de cette association qu’il s’est tenu debout face aux autorités provinciales et universitaires lors de la crise qui a mené à la spoliation de biens qui auraient dû revenir de droit à l’IAF. À la suite de cette expérience, Dr Lussier a préféré quitter l’institut et aller terminer sa carrière au sein de la compagnie Charles River, où il a travaillé durant dix ans.

Félicitations Dr Lussier pour tous vos accomplissements dans le monde vétérinaire.

Dr Gilles Lussier, m.v.

Dre Diane Blais, m.v.

Le samedi 23 mai, John Fairbrother, le conjoint de Diane et sa famille ont réuni de nombreux membres de la Faculté de médecine vétérinaire afin de rendre hommage à la Dre Diane Blais, professeure titulaire à la Faculté, décédée le 3 avril dernier. Ses accomplissements professionnels, son implication sociale exceptionnelle et ses qualités personnelles remarquables auront marqué plusieurs générations de médecins vétérinaires, professeurs, étudiants, collègues ou amis. Lors de cette rencontre, ils ont tenu à lui rendre un chaleureux hommage. Le docteur André Vrins a accepté de partager, ci-après, un extrait de l'allocution prononcée au nom de tous les collègues lors de cet événement :

Diane a touché énormément de gens.

Rendons hommage à Diane, plongeons dans nos souvenirs, puis rappelons-nous son influence, son exemple. Enfin, remémorons-nous sa personnalité et ses qualités exceptionnelles.


PLONGEONS DANS NOS « SOUVENIRS »

Le parcours professionnel de Diane jalonné de prix d'excellence pourrait très bien être découpé en trois actes :

Quinze ans à la création et à la direction du service d'anesthésie

Son arrivée était plus qu'attendue à la Faculté. Jusqu'à son embauche, au retour de sa spécialisation en anesthésie à l'Université Cornell en 1980, nous assumions, au grand dam des chirurgiens, à tour de rôle et sans expertise particulière, le sommeil des chevaux, des chiens et des chats. Il y en avait à l'époque qui se réveillaient sur la table et d'autres qui ne se réveillaient plus lorsqu'on les avait placés dans le box de réveil. La qualité du sommeil et les chances de réveil s'améliorèrent drastiquement par son arrivée. On vit son équipe grandir, s'agrandir et son expertise s'épanouir.


Ensuite, huit ans à la direction du secrétariat aux affaires étudiantes

En 1997, Diane se joint à l'équipe de direction au poste de secrétaire de la Faculté.
Elle fut ainsi la première femme à occuper un mandat administratif comme professeure. Sous sa houlette, il se transforma en celui de vice-doyenne aux affaires étudiantes et aux communications. Le doyen de l'époque raconte : « Par ses façons de faire et d'être auprès des étudiants, Diane a complètement métamorphosé le secrétariat aux étudiants mettant aussi sur pied de nombreux projets innovateurs et je cite : le mentorat, la clinique du refuge et la clinique des animaux des jeunes de la rue. »


Enfin, huit ans à la direction du département de sciences cliniques

En 2006, Diane en prend la tête. Diane a été une pionnière au département, et ce à plusieurs niveaux. Elle a été la première femme professeure à faire carrière, première anesthésiste et première directrice du département de sciences cliniques. Elle a excellé dans toutes ces fonctions en plus de celle de chef de secteur et du groupe de recherche en équin.
Son parcours fut marqué par plusieurs réalisations d'envergure. En voici brièvement trois :
Sous l'initiative d'étudiants soucieux du sort des animaux abandonnés, la Clinique du refuge pour chiens et chats1 voit le jour en 1990. Diane étant l'un des premiers professeurs à croire à ce projet, elle y voit l'opportunité d'y arrimer une vocation pédagogique à la promotion du bien-être animal et à un engagement social.

En 2000, Diane met sur pied la Clinique des animaux des jeunes de la rue2 . Diane allie sa compassion pour les animaux aux œuvres à caractère social. Le projet des animaux des jeunes de la rue naît de cette synergie de John et Diane avec le père Pops du Bon Dieu dans la rue. Les jeunes qui fréquentent le Centre de jour ont des animaux qui ont besoin de soins vétérinaires préventifs et curatifs. Le concept émerge et se poursuit depuis 15 ans, en alliant un volet de formation des étudiants vétérinaires.

Diane a été la compositrice, puis la chef d'orchestre des stages précliniques, cette source essentielle d'apprentissage pratique qui s'échelonne sur les quatre premières années du cursus du doctorat en médecine vétérinaire et prépare à la dernière année clinique.


ÉVOQUONS SON INFLUENCE ET SON EXEMPLE

En voici brièvement deux :

Le mentorat

Diane a touché bien du monde agissant comme mentor et jouant un rôle de modèle pour bien des gens autour d'elle. Sans son mentorat, plusieurs l'ont témoigné, leur emploi ou leurs projets n'auraient tout simplement pas vu le jour. De plus, Diane gardait des contacts avec chacun d'entre eux, prenant de leurs nouvelles, envoyant un mot d'encouragement ou une carte d'anniversaire.
Et, ce qui est largement attesté par plusieurs, sur la base d'une expérience qu'elle s'est construite, Diane a puissamment joué ce rôle de mentorat auprès des membres de ses équipes successives et pour ses professeurs et cliniciens.


Son leadership

Son humanité, son engagement et ses convictions ont toujours permis à l'équipe décanale d'avancer. La richesse de ses expériences professionnelles et personnelles lui aura permis aussi d'accompagner les professeurs et autres directeurs dans leurs nouvelles fonctions. Diane n'a jamais hésité à partager son bagage. Femme de tête et de cœur, elle pouvait parfois passer de l'une à l'autre selon la nature des enjeux. Diane exerçait une autorité morale par le respect et la recherche du consensus. Elle désamorçait des crises et surmontait les obstacles paisiblement, subtilement et efficacement. Diane incarnait le leadership participatif et collaboratif.


RETENONS SA PERSONNALITÉ EXCEPTIONNELLE

Diane veillait à ce que tout aille bien, malgré des opinions et des caractères si divergents des fois. Elle s'assurait du bien-être de tous et n'était heureuse que si elle avait la conviction du bonheur de chacun. Alors qu'elle instiguait le changement en nous encourageant dans nos initiatives, Diane ne l'appréciait guère, de peur qu'il bouscule les gens. Malgré une vie très occupée par nos tracas, elle pensait à chacun d'entre nous...

Précisons que Diane n'aimait pas être la vedette, être au centre, être sur la photo. Et pourtant, Diane était l'épicentre, brillante, dévouée et passionnée, démontrant un sens fort de justice.


1 https://www.medvet.umontreal.ca/AffaireVieEtudiantes/LeRefuge.html
2 http://www.medvet.umontreal.ca/AffaireVieEtudiantes/clinique_jeunes_rue.html


Dre Diane Blais,
un parcours maintes fois honoré

1984 - Norden Distinguished Teacher Award : prix d'excellence en enseignement à la FMV.
1994-1995 - Concours Femme de Mérite, catégorie Santé
1997 - Prix Pfizer - Norden Distinguished Teacher Award : prix d'excellence en enseignement à la FMV. Sélectionnée parmi les finalistes au concours nord-américain.
2004 - « Pionnière » de l'Université de Montréal : reconnaissance attribuée dans le cadre des Fêtes du 125e anniversaire de l'Université de Montréal.
2005 - Prix Damase-Généreux de l'Académie de médecine vétérinaire du Québec octroyé pour la contribution à l'avancement de la pratique des animaux de compagnie au Québec.
2007 - Prix humanitaire de l'Association canadienne des médecins vétérinaires
2010 - Prix Duncan McEachran de l'Académie de médecine vétérinaire du Québec : soulignant une contribution sociale ou humanitaire exceptionnelle.

Puissent les souvenirs de Diane, son influence, son exemple, sa personnalité et ses qualités exceptionnelles constituer des éléments forts et formidables, non seulement pour surmonter la tristesse, mais encore pour rendre Diane intensément présente, nous appliquant à mettre en pratique l'une ou l'autre de ses aptitudes personnelles.
André Vrins, ses collègues et amis 

Dre Diane Blais, m.v.

Dr Jean Gauvin, m.v.

Par Patricia Noël, coordonnatrice du Service des communications

Tenant sa passion et son amour pour les animaux de son grand-père, lui-même médecin vétérinaire, Dr Jean Gauvin connaît — depuis sa diplomation de la Faculté de médecine vétérinaire en 1980 — une carrière bien remplie au service de la profession, de la santé animale et publique. Lui qui s'est orienté vers la pratique privée des animaux de compagnie une fois son diplôme en poches, a cumulé des expériences toutes plus enrichissantes les unes que les autres le menant, aujourd'hui, à occuper le poste de président de l'Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV).

En effet, sans jamais arrêter sa pratique privée auprès des animaux de compagnie, que ce soit en clinique vétérinaire ou pendant quelques années, au défunt Jardin zoologique de Montréal, Dr Gauvin s'est engagé de façon significative afin de partager sa passion pour les animaux et la médecine vétérinaire.

Il a notamment enseigné, de 1985 à 1996, en milieux universitaire (Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal et Atlantic Veterinary College de l'Université de l'Île du Prince-Édouard) et collégial (Collège Lionel-Groulx). Puis, à la suite de diverses circonstances, il a commencé à s'impliquer dans le domaine des médias radiophoniques, télévisuels et écrits. Il a participé aux émissions Télé-Service, Le club des 100 watts, Pas si bête que ça!, Libre-Service et bien d'autres. Il a également donné plusieurs conférences sur la médecine aviaire et exotique à travers le Canada.

Ce n'est pas tout! En 2009, Dr Gauvin attrape la piqûre pour les médias sociaux et cumulent, depuis, les interventions sur Twitter, Facebook, Pinterest, Instagram, Tumblr, Blogger, Google+ en plus de son blogue personnel, Le blogue d'un vétérinaire de Lachine, et de celui de la clinique.
Le Dr Gauvin a également occupé diverses fonctions au sein de l'Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux ainsi qu'à l'Association canadienne des médecins vétérinaires dont il a été nommé président en juillet 2014.


ÉLEVONS LA VOIX, À L'UNISSON

En tant que président de l'ACMV, Dr Gauvin est préoccupé par les différents défis auxquels la profession fait actuellement face, dont les démarches récurrentes de divers lobbys et organismes qui cherchent à diminuer l'importance de la présence vétérinaire en santé et bien-être animal, en santé publique et en salubrité alimentaire. Bien qu'au Canada, la médecine vétérinaire soit de juridiction provinciale, beaucoup de décisions qui auront un impact majeur sur la profession seront prises au niveau fédéral, à Ottawa, et au niveau international. Il est donc important que la voix des médecins vétérinaires canadiens se fasse entendre à tous ces échelons.

À ce chapitre, Dr Gauvin était très fier de nous annoncer que l'ACMV est sur le point de conclure un accord de collaboration entre l'American Veterinary Medical Association (AVMA) et la Fédération des Vétérinaires d'Europe. Une alliance regroupant plus de 300 000 médecins vétérinaires et qui aura donc un poids considérable lors des forums internationaux.


UN ENJEU DE TAILLE

Parmi les défis que le Canada devra relever en matière de santé animale et de santé publique au cours des prochaines années, Dr Gauvin est d'avis que l'antibiorésistance en est un de taille. Selon lui, des décisions importantes devront être prises rapidement afin de diminuer les préoccupations grandissantes sur l'antibiorésistance telles que l'élimination des lacunes réglementaires qui permettent l'entrée au Canada de quantités inconnues d'antibiotiques non approuvés qui sont ensuite utilisés chez les animaux, la cessation de l'importation de produits pharmaceutiques actifs et, en ce sens, l'instauration d'une stratégie globale visant toutes les espèces et tous les secteurs en lien avec l'agriculture, la médecine vétérinaire et la médecine humaine.

D'ici à ce qu'une meilleure règlementation voit le jour, Dr Gauvin soutient que les médecins vétérinaires, les ordres professionnels et les associations vétérinaires canadiennes, doivent éduquer les consommateurs sur l'importance d'acheter des médicaments homologués qui sont offerts par leurs médecins vétérinaires et qui eux, sont en mesure d'utiliser des dosages adéquats, de bien les conseiller sur leur utilisation, les effets secondaires et faire le suivi médical nécessaire.


UN REGARD SUR L'AVENIR

Dr Gauvin souhaite que la profession vétérinaire prenne encore plus de place en santé animale, en santé publique et en santé des écosystèmes dans le futur. « Nous devons protéger nos acquis et nous devons bien nous préparer à faire face aux attaques constantes des lobbys qui ont beaucoup plus de ressources financières que nous », mentionne-t-il.

Selon lui, les gouvernements fédéraux et provinciaux doivent permettre une plus grande supervision vétérinaire autant sur le terrain qu'au niveau administratif afin de permettre la détection et le contrôle rapide des maladies en émergence comme la grippe aviaire. La meilleure façon d'assurer une santé animale et publique optimale est de favoriser une plus grande implication vétérinaire à tous les niveaux.

Dr Gauvin juge que l'image de la profession est encore assez bonne, particulièrement au Québec, et que c'est donc le bon moment d'en profiter pour consolider la position des médecins vétérinaires en tant que défenseurs du bien-être animal et de la santé animale et publique. Comment? Dr Gauvin pense que c'est en misant sur leur plus grande force que les médecins vétérinaires pourront y arriver : leur formation.

« Grâce à notre formation et à notre engagement, nous sommes en excellente position pour être les portes-étendards du bien-être animal, de la santé animale et de la santé publique. Occupons, encore davantage, cette place qui nous revient », conclut-il.

 

Dr Jean Gauvin, m.v.

Dr Stéphane Lair, m.v.

Quel est le principal enjeu dans votre domaine? C'est le déclin de la biodiversité qui découle d'un déséquilibre de l'écosystème. Ce dernier est surtout le résultat de stresseurs anthropogéniques associés à l'augmentation de l'activité humaine et la surexploitation des ressources.

PARLEZ-NOUS DE VOS ORIGINES

Je suis né à Hull, mais j'ai grandi en Montérégie dans une famille de cinq enfants. Mon intérêt pour les animaux remonte aux étés passés sur la ferme de mes grands-parents au Cap St-Ignace. C'est à cet endroit que j'ai été exposé non seulement aux animaux domestiques, mais aussi à la faune puisque mes oncles m'emmenaient à la chasse. Mon père étant médecin et ma mère infirmière. J'étais par conséquent familier avec le domaine médical. Le choix d'étudier la médecine vétérinaire s'est donc fait tout naturellement!


DÉCRIVEZ VOTRE PARCOURS PROFESSIONNEL

À la suite de l'obtention de mon diplôme en médecine vétérinaire (DMV en1989), le domaine de la faune m'attirait grandement. J'ai donc entrepris une série de formations dont la première fut un internat en médecine et pathologie aviaire à la toute nouvelle Clinique des oiseaux de proie, fondée par le Dr Guy Fitzgerald, où j'ai continué à œuvrer, à titre de clinicien, pendant trois ans. Se succédèrent deux programmes de résidence; le premier en pathologie des animaux de la faune au Centre québécois sur la santé des animaux sauvages (CQSAS), sous la supervision du Dr Daniel Martineau, et le second en médecine et pathologie des animaux de zoo au Ontario Veterinary College, en collaboration avec le zoo de Toronto. Ce dernier me rendit éligible à l'examen de l'American College of Zoological Medicine dont je suis devenu diplômé en 1999. J'ai ensuite occupé le poste de vétérinaire au Animal Care Centre de l'Université de la Colombie-Britannique (UBC), développant ainsi une expertise avec une grande variété d'animaux non-domestiques, dont des tortues marines, des poissons, des mammifères marins et des reptiles, en raison, entre autres, de responsabilités parallèles à l'aquarium de Vancouver où étaient logés certains animaux de recherche. Finalement, en 2001, ayant atteint l'étape où je pouvais partager mes connaissances avec la relève, je suis revenu au bercail en acceptant avec enthousiasme un poste de professeur à la Faculté de médecine vétérinaire.


QUELS SONT LES OBJECTIFS DE VOTRE RECHERCHE?

Par des études épidémiologiques descriptives, je fais de la surveillance dans le but d'exposer les causes et les symptômes de ce déséquilibre. Un exemple saisissant porte sur le syndrome du museau blanc, une infection fongique envahissante qui décime les populations de chauves-souris cavernicoles depuis quelques années. Il est postulé que le champignon exotique en cause ait été récemment introduit en Amérique du Nord, très probablement par des humains (touristes et spéléologues) ayant visité des grottes contaminées en Europe. Je fais partie d'une équipe qui s'intéresse aux moyens qui pourront minimiser l'impact de ce mycète sur la santé des chauves-souris.


QU'EST-CE QUE VOUS TROUVEZ LE PLUS MOTIVANT ET LE PLUS DIFFICILE DANS VOTRE TRAVAIL?

À la Faculté, je partage mon temps entre la direction du CQSAS et le poste de médecin vétérinaire consultant pour l'Aquarium du Québec. Je supervise ainsi les stages d'étudiants de 5e année en santé de la faune ainsi que les projets de recherche d'étudiants à la maîtrise. Je me considère un chercheur « opportuniste » puisque les problématiques à étudier proviennent généralement de mon travail clinique varié plutôt que d'un thème bien défini et prédéterminé. Ainsi, même après plusieurs années de carrière, je découvre du nouveau toutes les semaines! En revanche, comme tout professeur-chercheur passionné, il m'est parfois difficile de concilier vie professionnelle et vie personnelle – comme l'écosystème, je souffre moi aussi d'un certain déséquilibre!


DE QUELLE RÉALISATION ÊTES-VOUS LE PLUS FIER?

À mon avis, le dossier le plus porteur auquel j'ai contribué est le programme des bélugas du Saint-Laurent, établi en 1982 par le Dr Martineau. Je m'y suis impliqué dès 1991 et j'en suis responsable depuis plus de 10 ans. Bien que ce programme ait suscité la polémique en raison de l'hypothèse principale voulant que les cancers dont souffrent les bélugas soient liés à l'activité anthropogénique, il jouit d'une reconnaissance remarquable sur le plan international. D'un point de vue régional, ce projet a contribué à l'évolution de l'opinion publique face à la conservation de l'environnement du Saint-Laurent, et aux résultats tangibles que représentent dorénavant le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, l'aire marine protégée située à l'embouchure du fjord de la rivière Saguenay et les travaux de décontamination.


QUEL EST L'IMPACT DE VOTRE RECHERCHE SUR LA PROFESSION?

L'impact est surtout sur la conscience écologique du vétérinaire, mais aussi du citoyen averti. Par exemple, les soins vétérinaires prodigués à l'Aquarium du Québec contribuent à la mission de cette institution, soit d'encourager une attitude et des actions réfléchies par rapport à notre environnement aquatique – après tout, les océans sont le futur de la planète!

Dr Stéphane Lair, m.v.

Dre Sylvie Surprenant, m.v.

Par Mme Suzie Prince, directrice générale et secrétaire, avec la collaboration spéciale du Dr André Vrins, m.v., retraité.

La Dre Sylvie Surprenant est médecin vétérinaire de l’équipe olympique canadienne des chevaux sauteurs. À ce titre, elle a participé aux Jeux olympiques de Beijing en 2008 et est présentement à Londres pour les Jeux olympiques 2012.

Passionnée de chevaux depuis sa tendre enfance, la Dre Surprenant a suivi son premier cours d’équitation à l’âge de 5 ans. Par la suite, elle a participé à un nombre impressionnant de compétitions au niveau provincial. Elle a fait ses premières armes tour à tour comme palefrenière, groom et professeure d’équitation, ce qui lui aura permis de défrayer le coût de ses cours d’équitation et de sa participation aux différentes compétitions.


CHOIX DE LA PROFESSION

Alors que son père souhaitait qu'elle devienne ingénieure et que sa grand-mère préférait qu'elle choisisse une « vraie profession de fille » comme hôtesse de l'air, elle a néanmoins opté sans hésitation pour la médecine vétérinaire. C'est donc par passion et par amour des animaux qu'elle a choisi sa profession, convaincue depuis toujours qu'elle serait médecin vétérinaire. Haute comme trois pommes, elle était déjà déterminée à pratiquer la médecine équine et prête à surmonter les difficultés pour réaliser son rêve. Certains diront même que c'était inscrit dans son code génétique, car son arrière-grand-père était médecin vétérinaire, diplômé de l'école d'Oka au début du 20e siècle.


FORMATION

Diplômée de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal en 1979, la Dre Surprenant a poursuivi ses études en complétant un internat en chirurgie et médecine équine en 1980 à l'Université de Pennsylvanie, une des facultés les plus réputées au monde en médecine équine. Elle a ensuite été reconnue par la Fédération équestre internationale en 1997.


PRATIQUE PROFESSIONNELLE

Depuis 1980, la Dre Surprenant exerce la pratique équine « en solo » depuis la Rive-Sud de Montréal et couvre un très vaste territoire. Elle a aussi exercé les fonctions de clinicienne associée à la clinique ambulatoire équine de la Faculté de médecine vétérinaire de 1983 à 2000. Durant toute la période des stages de dernière année du D.M.V., elle participait ainsi assidûment à l'initiation et à la formation clinique de tous les étudiants du programme de 1er cycle.
La Dre Surprenant est grandement estimée dans le milieu équin, tant par la clientèle que par les entraîneurs et les médecins vétérinaires équins. Cela n'a rien de surprenant, puisqu'elle possède d'excellentes connaissances et un savoir-faire brillant et qu'elle démontre des aptitudes exceptionnelles, maîtrisant l'art de jongler avec le triangle relationnel : propriétaire-patient-médecin vétérinaire.

Sa carrière démontre qu'elle a gagné la confiance des propriétaires de chevaux les plus sélects. Cette confiance, elle l'a méritée jour après jour, progressivement et continuellement. Elle s'est toujours fait un point d'honneur de donner l'heure juste au propriétaire, soit de donner l'information juste, au moment juste, sur un ton juste et au juste prix.
La Dre Surprenant fait également preuve d'une très grande rigueur et d'un professionnalisme exemplaire. Son dévouement et son humilité sont parfois désarmants. Ainsi, durant les compétitions internationales, elle traite des chevaux champions, dont certains ont une valeur inestimable, puis elle se retrouve le lendemain dans la prairie à soigner avec autant de rigueur et de dévouement un poney obèse et fourbu qu'elle examine dans la boue.
Digne, honorable et respectée de tous, la Dre Surprenant accorde une grande importance à la qualité des soins et favorise toujours le bien-être du cheval dans sa pratique.


LA FÉMINISATION DE LA PROFESSION

La Dre Surprenant est la première femme vétérinaire à exercer en pratique équine aussi longtemps et « en solo » au Québec. Elle a dû se forger une place dans un monde d'hommes, à une époque où, s'il n'était pas servi par un médecin vétérinaire masculin, le client de ce secteur préférait ne pas être servi du tout. Mentionnons toutefois que la proportion de femmes dans ce secteur n'a fait que croître au cours des trois dernières décennies.

Admise à la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal en 1975, la Dre Surprenant a vécu et marqué la féminisation de la pratique équine québécoise. Dès son entrevue d'admission à la Faculté, elle a su qu'elle devrait faire sa place en tant que femme. En effet, un des interviewers lui avait alors demandé si elle croyait vraiment qu'un propriétaire de chevaux « dispendieux » demanderait à une femme de les soigner. Trente ans plus tard, elle se réjouit d'avoir répondu affirmativement et avec confiance à cette question, car les chevaux de niveau olympique qu'elle traite valent facilement plus d'un million de dollars chacun.

Cependant, la Dre Surprenant avoue que son parcours n'a pas toujours été facile. Au cours de ses études en médecine vétérinaire, elle a assisté le Dr Claude Thibault à la piste de course de Blue Bonnets. À l'époque, ce milieu était un environnement complexe, opéré et surtout encadré par et pour des « hommes à chevaux ». Toutefois, elle était prête à tout pour acquérir de l'expérience.
« J'étais prête à endurer les propos discriminatoires et les blagues de mauvais goût », dit-elle. Par contre, elle savait dès lors que le monde des chevaux de course n'était pas le sien.
Par ailleurs, lors de son internat à l'Université de Pennsylvanie, elle a eu la chance de côtoyer quelques femmes cliniciennes qui ont joué un rôle de modèle pour elle. Cela lui fut bien utile pour aborder la pratique vétérinaire de chevaux de selle et se faire accepter dans ce monde où les décisions étaient prises au masculin. De plus, étant donné qu'elle était déjà connue par plusieurs entraîneurs avec qui elle avait participé à différentes compétitions, elle a su tisser progressivement des liens de confiance et se créer une réputation étoffée. Comme l'indique l'adage populaire, c'est en forgeant qu'on devient forgeron, c'est à force de détermination et de patience que la Dre Surprenant s'est taillée une place et une excellente réputation dans le milieu vétérinaire équin, et ce, malgré les obstacles initiaux. Ainsi, progressivement, elle a remonté la barre pour surmonter progressivement de plus hauts obstacles.

Vingt ans plus tard, elle intégrait le réseau olympique. La venue d'une femme vétérinaire francophone et native du Québec dans l'équipe olympique canadienne des chevaux sauteurs bouscula les façons de faire. Toutefois, la Dre Surprenant est restée bien en selle et a été une pionnière, ouvrant la voie aux générations montantes. Encore une fois, elle a démontré qu'elle était déterminée et s'est introduite dans le milieu équin international, tout comme un cheval s'entraîne au dressage, en gagnant l'estime des juges un à un.

PLAN DE CARRIÈRE

La Dre Surprenant n'a jamais rêvé aux podiums, précisant humblement : « Je n'aurais jamais rêvé aussi grand! ». Elle n'avait pas de plan de carrière défini et sa seule ambition était de servir et de satisfaire ses clients quotidiennement, tout en offrant à ses patients, les chevaux, les meilleurs soins possibles. Sa réussite n'est toutefois pas le fruit du hasard; elle s'est forgée une solide réputation, jour après jour, un client à la fois.

FACTEURS CLÉS DE SUCCÈS

Selon la Dre Surprenant, les facteurs clés de son succès sont la persévérance, le courage, la formation continue, l'esprit critique et la confiance en ses habiletés. Elle a une grande capacité à travailler fort et une excellente santé. Elle aime les défis et sait bien gérer les situations de stress.

L'ACCOMPAGNEMENT ET L'ENCOURAGEMENT

Devant sa réussite, la Dre Surprenant remet le crédit à son père qui est décédé depuis maintenant dix ans et qui n'aura malheureusement pas pu partager ses grands succès. « Je crois que c'est grâce à lui si je me suis lancée dans une pratique où très peu de femmes jusqu'alors s'étaient aventurées ou persistaient. Ne pas réussir n'était pas une option pour mon père. Il m'a donné la conviction que tout était possible et que même si la vie était pleine d'embûches, si on travaillait fort et on était persévérant, tout pouvait arriver. Ma passion des chevaux vient également de lui. Mon père nous amenait voir les chevaux au centre d'équitation près de chez nous après la messe du dimanche, et ce, au grand désespoir de mes frères », précise-t-elle.
Elle rend aussi hommage à tous les professeurs et collègues qui l'ont aidée dans son parcours professionnel et l'ont motivée à réaliser ses rêves. Enfin, elle remercie également tous les gens qui lui ont dit qu'elle ne pourrait jamais réussir dans ce domaine, car sans le savoir, ces derniers ont été une source de motivation pour elle.

L'ENGAGEMENT PROFESSIONNEL

La Dre Sylvie Surprenant a toujours été fortement engagée professionnellement. Tel que mentionné précédemment, elle a encadré des étudiants en stage de la Faculté de médecine vétérinaire pendant plus de dix ans. Elle a également été présidente de l'Association des Vétérinaires Équins du Québec (AVEQ) pendant douze ans, soit de 1999 à 2011. Ses priorités étaient alors l'éducation continue, l'éthique professionnelle et les honoraires. À cet égard, elle insiste sur le côté vocationnel de la profession, en précisant que les médecins vétérinaires doivent exiger le prix juste pour les services professionnels rendus. Elle note que si elle pouvait s'équiper pour 20 000 $ au début de sa pratique, il en coûte aujourd'hui plus de 150 000 $ pour équiper un camion. L'évolution des technologies de même que l'actualisation des méthodes diagnostiques et thérapeutiques transforment la pratique et rehausse les exigences.

LES PROCHAINS DÉFIS

Depuis les Jeux olympiques de Beijing, la Dre Surprenant a participé aux championnats mondiaux au Kentucky, aux championnats panaméricains à Guadalajara et à plusieurs coupes des nations. Présentement, elle est à Londres pour les Jeux olympiques 2012.
Le parcours professionnel de la Dre Surprenant est remarquable et témoigne avec éloquence du professionnalisme de cette femme d'exception. Toute la profession vétérinaire se réjouit de voir la Dre Surprenant représenter le Québec et la profession vétérinaire équine aux Jeux olympiques et soutenir l'équipe canadienne d'une si brillante façon, lui permettant de figurer sur les plus prestigieux podiums.

La Dre Sylvie Surprenant a présenté son expérience au brunch annuel de la Société de conservation du patrimoine vétérinaire québécois qui s'est tenu le dimanche 6 mai 2012. C'est suite à cette présentation que le portrait de membre ci-dessus a été dressé.

LES JEUX OLYMPIQUES : UNE EXPÉRIENCE INOUBLIABLE

Lors des Jeux olympiques de Beijing, l'équipe canadienne des sauteurs a gagné une médaille d'argent et l'un des cavaliers, M. Éric Lamaze, a gagné la médaille d'or. Pour la Dre Surprenant, cette formidable aventure qu'elle nous relate en détail a débuté par un coup de téléphone du chef d'équipe M. Torchy Millar, le 6 mai 2008, alors qu'elle ne s'y attendait pas du tout. La décision de retenir les services de la Dre Surprenant s'était prise lors d'une compétition préparatoire en Europe. Cette dernière était connue des cavaliers, car elle avait travaillé avec la plupart d'entre eux sur les terrains de compétition au Québec. Elle était reconnue et grandement appréciée de tous et nul doute que ses nombreuses années d'expérience sur les terrains de compétition l'avaient préparée à ce grand défi.

Dès lors, elle devait préparer l'équipe pour les Jeux olympiques. Il lui fallait notamment compléter les formulaires et les démarches relatives à l'exportation des chevaux, s'assurer que tous les chevaux avaient reçu les vaccins recommandés pour la Chine, dont celui de l'encéphalite japonaise, et préparer le coffre de médicaments et l'équipement nécessaire pour traiter toute situation d'urgence ou de maladie durant le transport aérien des chevaux et leur séjour en sol chinois d'une durée de 21 jours.

Le 3 août 2008, la Dre Surprenant prenait l'avion à Dorval afin de rejoindre les chevaux qui étaient à New York depuis la veille, ces derniers ayant voyagé de Toronto à New York en camion en compagnie des grooms. Une fois arrivée à New York, la Dre Surprenant a examiné les chevaux et s'est assurée qu'ils étaient dans un état satisfaisant pour faire le long voyage d'une durée de 20 heures vers la Chine. Dans certains cas, elle devait administrer des fluides intraveineux avant le départ pour hydrater les chevaux qui ne boivent pas adéquatement durant les transports. À minuit, les chevaux et l'équipement étaient chargés dans des camions, puis dans un cargo 747 de la compagnie aérienne chinoise Cathay Pacific. Il n'y avait que 5 passagers à bord de ce cargo pour accompagner les cinq chevaux et l'équipage. Pendant le vol, la Dre Surprenant examinait régulièrement les chevaux et tout s'est très bien déroulé. Dès l'atterrissage, l'équipe a pu apprécier l'efficacité des Chinois, car le débarquement des chevaux et de l'équipement, l'inspection, les douanes et le chargement des chevaux dans les camions se sont faits en moins de trente minutes. De plus, l'équipe a été escortée par la police jusqu'au site situé à Sha Tin, à environ 50 km de l'aéroport. Les écuries du site étaient neuves et climatisées à 23 degrés. Les chevaux devaient y rester en quarantaine pendant une semaine et leur condition physique était observée de près afin de détecter toute maladie infectieuse le plus tôt possible.

Une fois arrivés à Honk Kong, lieu où se déroulaient les compétitions équestres, les chevaux ont récupéré rapidement, contrairement aux humains qui ont dû composer avec les inconforts d'un décalage horaire pendant une semaine. Sur les lieux de compétition, il y avait une clinique vétérinaire temporaire complètement équipée pour les chirurgies d'urgence et l'imagerie, ainsi qu'une forge avec deux forgerons en devoir en tout temps pour les équipes n'étant pas accompagnées de leur maréchal-ferrant.

Tous les chevaux ont passé l'inspection de la FEI, visant à s'assurer qu'ils étaient exempts de boiterie et aptes à faire la compétition. Pendant les journées de compétition, la Dre Surprenant examinait les chevaux, assistait aux entraînements et conseillait les entraîneurs ainsi que les grooms. La première compétition s'effectuait par équipe et comprenait trois rondes. Après les deux premières rondes, alors que l'équipe canadienne était en quatrième position, un des chevaux s'est blessé et est sorti boiteux de son deuxième parcours. Dès le premier examen, la Dre Surprenant suspectait une blessure grave. Toutefois, le cheval ne présentait aucun signe clinique évident permettant de poser un diagnostic précis. Aucun médicament pour soulager la douleur n'étant autorisé et aucun anesthésiant ne pouvant être utilisé pour localiser la blessure, la Dre Surprenant a administré tous les traitements possibles au cours de la journée suivante. Toutefois, malgré les efforts déployés, la condition du cheval n'a pu être améliorée. Considérant l'intensité de la boiterie et la possibilité que ce soit une blessure des tissus mous, la Dre Surprenant a conseillé de retirer le cheval de la compétition. Cette décision fut la plus difficile de sa carrière à ce jour, car elle affectait toute l'équipe canadienne et compromettait les chances de médaille. Elle a toujours dit les choses telles qu'elle les voyait aux clients sans les épargner, mais dans le cas présent, elle devait conserver l'espoir olympien le plus longtemps possible et ultimement, la décision finale revenait au cavalier.

Une fois le cheval retiré de la compétition, la Dre Surprenant a poursuivi son investigation pour découvrir qu'il s'agissait d'une déchirure sur le tendon fléchisseur superficiel dans le canal carpien. Le cheval a été en convalescence pendant plus de six mois et malgré tout le repos et toutes les nouvelles thérapies, il n'a jamais pu retrouver sa forme.

Malgré ce retrait et grâce à un travail d'équipe soutenu, l'équipe canadienne a réussi à décrocher la médaille d'argent, soit la première médaille d'équipe depuis 1968. L'équipe a ensuite poursuivi ses efforts afin de se qualifier pour la compétition individuelle. L'un des cavaliers a alors réussi un parcours de 3 rondes sans faute malgré toute la pression des Jeux, ce qui représente un accomplissement exceptionnel. Ainsi, après un barrage excitant, l'équipe canadienne a remporté la médaille d'or. Ces moments de victoire ont été des plus exaltants et la Dre Surprenant se considère privilégiée d'avoir fait partie de cette grande aventure olympique qui marquera l'histoire des sports au Canada.

 

Dre Sylvie Surprenant, m.v.

Dr Marc-André Sirard, m.v.

Par Mme Annie Archambault, coordonnatrice du Service des communications de l'Ordre

Né à Boucherville en 1958 et issu d'une famille de 4 enfants, le Dr Marc-André Sirard a toujours voulu être médecin, mais sa passion pour les animaux l'a fait opter pour la médecine vétérinaire. Il a débuté sa carrière en tant que praticien, sans jamais avoir pensé devenir chercheur un jour. Puis, sa curiosité face aux mystères de la vie l'a poussé à poursuivre ses études et à devenir chercheur dans une discipline qui est au cœur de la vie : la reproduction.

Après avoir obtenu son diplôme de la Faculté de médecine vétérinaire en 1981, le Dr Sirard a complété un Doctorat en médecine expérimentale à l'Université Laval en 1986 puis a réalisé un stage postdoctoral en physiologie animale à l'Université du Winconsin en 1987.

Comme plusieurs chercheurs qui font leurs études postdoctorales aux États-Unis, le Dr Sirard aurait pu s'établir là-bas afin de travailler dans des laboratoires sophistiqués et être payé deux fois le salaire qu'il gagne ici. Toutefois, il ne se reconnaissait pas dans la culture américaine. C'est donc au Canada qu'il a choisi de poursuivre sa carrière, avec pour objectif d'améliorer le sort de ses semblables.

Le Dr Sirard est aujourd'hui professeur titulaire de la Chaire du Canada en génomique animale au département de sciences animales à la Faculté des Sciences de l'Agriculture et de l'Alimentation de l'Université Laval. Il a également fondé le Centre de Recherche en Biologie de la Reproduction (CRBR), devenu aujourd'hui le plus important centre de ce genre au Canada. Au total, plus de 100 personnes y travaillent et le budget de recherche global dépasse 5 millions de dollars annuellement.

UN INTÉRÊT MARQUÉ POUR LA REPRODUCTION

Le phénomène de la fécondation et du développement embryonnaire précoce est au centre des préoccupations du Dr Sirard depuis plus de 25 ans. Lorsqu'on lui demande pourquoi il a choisi la reproduction comme domaine de spécialisation dans ses recherches, le Dr Sirard répond que c'est d'abord parce que la magie de la reproduction l'intéressait. De plus, ses quelques années en pratique bovine lui ont démontré qu'il s'agit de la préoccupation principale du producteur et du médecin vétérinaire.

DE LA RECHERCHE FONDAMENTALE À LA RECHERCHE APPLIQUÉE

Les travaux du Dr Sirard passent constamment de la recherche fondamentale à la recherche appliquée et vice-versa. Par exemple, la découverte d'un gène dans l'ovaire d'une vache pourrait ensuite servir, selon sa fonction, comme outil diagnostique ou encore devenir une cible pour un traitement spécifique dirigé sur l'ovaire. Certains de ses travaux ont également trouvé des applications en fécondation in vitro humaine.

L'OVULE, CETTE CELLULE IMMORTELLE

Entre le spermatozoïde et l'ovule, le Dr Sirard avoue avoir un « faible » pour l'ovule, cette cellule fascinante qui est à la fois la plus grosse et la plus rare du corps. Ses recherches sur la physiologie de la reproduction portent d'ailleurs sur la capacité de l'ovule à reprogrammer son génome en passant d'une génération à l'autre, ce qu'elle est la seule à pouvoir faire. C'est de cette immortalité tirée de l'épigénome de son ADN que vient tout l'intérêt envers cette cellule. Comme il l'a mentionné dans une entrevue accordée au journal Le Soleil il y a quelques années : « Quand on va trouver comment l'ovule réussit ce tour de force de rajeunir une cellule, on pourra rajeunir toutes les cellules [...] et les regreffer (finis les risques de rejets!), faire des cellules souches et changer la fonction de la cellule. Imaginez le progrès pour les humains. »

CES HASARDS QUI CHANGENT TOUT

Le Dr Sirard fait partie de ceux qui croient que la chance est à la base de plusieurs belles découvertes en recherche. Pour preuve, sa première réussite en fécondation in vitro a été indirectement causée par l'héparine utilisée pour empêcher la coagulation dans ses grandes aiguilles de laparoscopie. Ce n'est que deux ans et 9 veaux-éprouvettes plus tard que son équipe et lui ont découvert que l'héparine ainsi utilisée collait aux ovules et permettait la capacitation des spermatozoïdes de taureau, étape essentielle à la fécondation in vitro.

UNE FORMATION QUI PERMET UN REGARD DIFFÉRENT

Même si elle ne constitue pas un préalable dans ses accomplissements quotidiens, le Dr Sirard est d'avis que sa formation en médecine vétérinaire lui permet d'aborder les problèmes de reproduction d'une façon bien différente. « La formation de base en médecine vétérinaire ne nous prépare pas nécessairement à la recherche, mais à la résolution de problèmes. Et cet aspect est drôlement utile en recherche », affirme-t-il.

UN RAYONNEMENT À L'ÉCHELLE INTERNATIONALE

Au fil des ans, le Dr Sirard a investi beaucoup d'efforts pour que certains événements majeurs du domaine de la reproduction se tiennent à Québec. Il a d'abord participé à l'organisation du Congrès vétérinaire canadien de 1994, puis a ensuite organisé le Congrès international de transfert d'embryons (IETS) de 1999, le Congrès international génomique de 2002 et le Congrès de la Société d'étude de la reproduction (SSR) de 2005, qui demeure à ce jour le plus important rassemblement de physiologistes de la reproduction animale jamais organisé.
En 2000, après avoir été titulaire de la Chaire industrielle CRSNG/Semex pendant dix ans, le Dr Sirard a également remporté le prix Synergie qui récompense le meilleur partenariat université-entreprise à l'échelle canadienne. Il a aussi à son actif plus de 210 publications et 5 brevets déposés.

UN TRAVAIL, UNE PASSION

L'an dernier, lorsqu'il a assisté à son conventum de 30 ans, plusieurs collègues du Dr Sirard parlaient avec envie de la retraite alors que lui racontait plutôt tout ce qu'il voulait encore accomplir au cours des 20 prochaines années. Il souligne notamment qu'il souhaite poursuivre son implication auprès de la relève. « J'adore former des étudiants diplômés, dit-il, après 35 maîtrises et 28 doctorats, je ne me lasse pas de jouer avec la plasticité cérébrale et leurs succès me nourrissent. »

Véritable passionné par son travail, le Dr Sirard avoue qu'il n'a jamais l'impression d'aller travailler au sens propre du terme puisqu'il fait ce qu'il aime toute la journée. Cette façon de voir les choses est d'ailleurs très palpable pour les gens qui l'entourent. Il a même déjà entendu sa fille répondre à son amie qui venait de lui demander ce que faisait son père dans la vie : « Il fait toujours ce qu'il veut! »

UN PROLONGEMENT DE LA VIE GRÂCE AU RAJEUNISSEMENT DE CELLULES

Bien que les recherches du Dr Sirard le poussent à croire qu'il sera un jour possible de tricher avec la biologie afin de rajeunir nos cellules, ce dernier croit qu'il faut demeurer prudent : « La valeur de la vie découle de son caractère éphémère. Si plus de richesse ne rend pas plus heureux, plus de vie ne nous rendra pas nécessairement plus raisonnables. » C'est pourquoi il s'efforce de vivre sa vie pleinement et d'aller au bout de ses rêves et de ses passions le plus rapidement possible. D'ailleurs, en matière de dépassement de soi, le Dr Sirard s'y connaît puisqu'il est également triathlonien. « Je m'entraîne tous les jours. Je ne fais pas ça pour gagner, juste pour me classer à mon goût. Les triathlons, c'est mon exutoire », explique-t-il.

Voilà le portrait d'un homme passionné, qui démontre bien l'importance du rôle qu'occupe la médecine vétérinaire dans le maintien de la santé, tant animale qu'humaine.

Sincères remerciements au Dr Daniel Bousquet pour sa collaboration à la rédaction de cet article.

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Sources :
http://www.studya.com/formations_metiers/metiers_hors_frontieres/chercheur_reproduction_animale.htm
http://www.idea.ulaval.ca/membres/personne_details.aspx?person_id=223
http://embryogene.ca/fr/Gouvernance_du_rseau
http://www3.iaf.inrs.ca/congresiaf/congres2005/table_ronde.htm

Dr Marc-André Sirard, m.v.

Dr Guy Fitzgerald, m.v.

Par Annie Archambault, coordonnatrice du Service des communications de l’Ordre

Né en 1963 à Amos, en Abitibi, le Dr Guy Fitzgerald rêvait de devenir médecin vétérinaire depuis l’âge de 4 ans. Passionné de la nature, il travailla comme animateur durant trois étés au Camp-École Chicobi, un camp d’animation en sciences naturelles. En 1983, à l’aube d’obtenir son diplôme d’études collégiales en sciences de la nature, le Dr Fitzgerald apprit qu’il était accepté à la fois en biologie et en médecine vétérinaire à l’Université de Montréal. Il dut alors faire un choix entre sa passion pour la nature et son rêve d’enfant. Incapable de se résigner à abandonner son ambition de petit garçon, il se dirigea donc en médecine vétérinaire.

Des espèces trop longtemps oubliées

Pendant ses études universitaires, le Dr Fitzgerald travailla au Jardin zoologique du Québec, qui a fermé ses portes en 2006, et au Centre Macdonald de recherche sur les rapaces. C’est à ce moment qu’il eut l’occasion de côtoyer beaucoup d’oiseaux de proie blessés et qu’il constata avec regret que trop d’entre eux étaient euthanasiés, faute de personnel médical pour les soigner. Il déplora alors le fait que les étudiants en médecine vétérinaire n’apprenaient pas à soigner les oiseaux durant leur formation et réalisa l’importance de bâtir une structure pour le soin des oiseaux de proie au Québec.

Naissance d’un programme de réhabilitation des oiseaux de proie

C’est donc en août 1986, alors qu’il n’avait que 23 ans, que le Dr Fitzgerald mit sur pied la Clinique des oiseaux de proie de la Faculté de médecine vétérinaire (FMV) de l’Université de Montréal (UdeM). Il y travailla bénévolement, jusqu’à l’obtention de son doctorat en médecine vétérinaire en 1987, puis de sa maîtrise en sciences cliniques vétérinaires sur l’anesthésie des oiseaux en 1990.

En 1987, peu de temps après avoir créé la Clinique des oiseaux de proie, le Dr Fitzgerald fonda également l’Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie (UQROP), en collaboration avec le Dr Robert Patenaude du Jardin zoologique du Québec et le Dr David M. Bird du Centre des rapaces.

Un réseau bien structuré

Depuis ses débuts, l’UQROP a pour mandat de structurer un réseau provincial de réhabilitation des oiseaux de proie. C’est elle qui mandate la Clinique de soigner les oiseaux qui sont recueillis et qui veille ensuite à la réhabilitation de ces derniers. À cet effet, l’organisme a mis sur pied un centre de réhabilitation à St-Jude, en Montérégie, où les oiseaux peuvent récupérer le temps qu’il faut, ou même rester jusqu’à la fin de leurs jours lorsqu’il leur est impossible de retourner dans la nature.

Dès le début des années 90, l’UQROP a également développé un programme éducatif dans le but de faire connaître les oiseaux de proie et de sensibiliser la population à l’importance de ces derniers dans des écosystèmes fragiles.

Le financement, un défi!

En tant qu’organisme sans but lucratif, l’UQROP doit autofinancer ses activités. Pour ce faire, elle compte sur la contribution des membres, les dons de particuliers et les revenus générés par ses activités éducatives, dont l’activité « Chouette à voir! », qui permet à la population de visiter le site de St-Jude et de côtoyer de près la plus grande collection d’oiseaux de proie gardés en captivité au Québec. L’organisme a également établi un réseau de partenaires qui lui offrent de l’aide sous forme de dons, de produits et de services.

Les alliés incontournables qui ont croisé son chemin

Durant sa maîtrise, le Dr Fitzgerald a eu l’occasion de faire un stage en médecine aviaire à l’Université du Minnesota, avec le Dr Patrick T. Redig, puis un second stage en médecine aviaire et exotique au Royal College of Surgeons en Angleterre avec le Dr John E. Cooper. Ces deux individus ont été des mentors pour le Dr Fitzgerald et l’ont beaucoup supporté dans la poursuite de ses activités à la Clinique et à l’UQROP.
D’autres personnes sont devenues de précieux alliés du Dr Fitzgerald. C’est le cas notamment du Dr Patenaude, avec qui il a rédigé le programme de réhabilitation des oiseaux de proie, ainsi que du Dr Stéphane Lair, premier interne devenu par la suite clinicien à la Clinique des oiseaux de proie. Ce dernier s’est beaucoup impliqué dans le développement de l’UQROP et est aujourd’hui responsable du Service de médecine zoologique de la FMV et du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages (CQSAS). L’appui de tous les internes qui ont travaillé à la Clinique depuis ses débuts a également été déterminant. Sans l’apport important de ces gens et de la Faculté de médecine vétérinaire, la Clinique et l’UQROP n’auraient jamais pu se développer autant.

Un homme reconnu et engagé

Depuis le début de sa carrière, le Dr Fitzgerald a remporté de nombreux prix, dont le Trophée Harfang des neiges de la conservation décerné par le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche en 1989, le prix reconnaissance du CDMV reçu en 1995, le prix Reconnaissance « Partenaire essentiel » de la Fondation de la Faune du Québec obtenu en 2003 et celui de l’Animal Action Award International Fund for Animal Welfare (IFAW) reçu en 2005. En plus d’être président de l’UQROP, le Dr Fitzgerald est engagé auprès du comité de gestion du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages de la FMV de l’UdeM et de l’Équipe de rétablissement des oiseaux de proie du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec.

Quand la passion nous tient

En 1990, après avoir travaillé plusieurs années à la Clinique des oiseaux de proie, le Dr Fitzgerald eut envie de vivre l’expérience de travailler à l’extérieur des murs de l’Université. Il obtint donc un poste de médecin vétérinaire en pratique privée des petits animaux dans une clinique de Victoriaville, où il travailla pendant 14 mois. Bien qu’il ait apprécié son expérience, il dut se résigner rapidement; sa passion l’appelait et il ne pouvait vivre plus longtemps loin des oiseaux. Il est donc retourné travailler à titre de clinicien à la Clinique des oiseaux de proie, où il travaille maintenant depuis plus de 20 ans!

Une clinique très achalandée

À ses débuts, le Dr Fitzgerald se rappelle avoir accueilli jusqu’à 16 oiseaux en une seule journée. À l’époque, il était seul à la Clinique, sans interne pour l’appuyer. Seuls quelques étudiants y travaillaient par intérêt. Il se rappelle avoir dû faire du triage, comme dans les urgences hospitalières d’aujourd’hui, afin de prioriser certains cas et pouvoir sauver un maximum de patients.

De nos jours, la Clinique reçoit environ 350 oiseaux par année. Cela semble peu par rapport au secteur des petits animaux de compagnie, mais c’est beaucoup lorsqu’on pense que la Clinique des oiseaux de proie prend les patients en charge du début à la fin (décès, euthanasie ou remise en liberté).

Parmi les oiseaux reçus, plusieurs souffrent de fractures ou de plaies causées par des collisions avec des fenêtres, des fils électriques ou des voitures, alors que d’autres sont présumés orphelins après avoir été recueillis par l’humain qui croyait bien faire. Certains oiseaux sont également victimes de tireurs ou de trappeurs et arrivent avec des balles dans le corps ou des membres mutilés par les pièges.

Sur le lot d’oiseaux soignés à la Clinique, environ 44 % seront remis en liberté alors que 53 % mourront ou seront euthanasiés. Quant aux 3 % qu’il reste, ils seront soignés et gardés en captivité dans une institution zoologique ou au site « Chouette à voir! ».

Un lieu d’enseignement unique

Lorsque le Dr Fitzgerald était étudiant, aucun programme de formation n’existait au Québec pour le soin des oiseaux. Il est donc très fier lorsqu’il constate aujourd’hui que la Clinique accueille une trentaine de stagiaires par année, en plus des internes qui y travaillent. Au total, plus de 250 médecins vétérinaires ont eu l’occasion de collaborer activement au succès de la Clinique depuis ses débuts.

À l’occasion, la Clinique reçoit également la visite d’étudiants bénévoles qui font partie du Club de médecine zoologique. Ils sont une quinzaine à venir régulièrement pour exécuter diverses tâches de nettoyage, ou encore, pour agir comme parrains/marraines des oiseaux ambassadeurs, c’est-à-dire pour tenir ceux-ci sur un gant et les promener afin qu’ils s’habituent à se faire manipuler. Le travail de ces bénévoles est essentiel, car la Clinique est loin d’avoir les moyens de payer un service d’entretien pour ses locaux.

Heureusement, comme la Clinique offre un programme de formation aux étudiants, la FMV lui permet de bénéficier gratuitement de ses locaux et services. La Faculté lui octroie également un certain montant d’argent pour l’achat de fournitures médicales. C’est ainsi que la Clinique arrive à fonctionner avec si peu de moyens financiers. La philosophie du Dr Fitzgerald, c’est faire du mieux possible avec ce que l’on a. Et pour ça, on doit dire qu’il réussit fort bien! À titre d’exemple, lorsqu’il a voulu mettre en place le projet « Chouette à voir! », il n’a pas hésité à faire appel aux Forces armées canadiennes pour construire le pont qui enjambe la rivière qui traverse le site de St-Jude.

Soigner avec peu

Même si elle reçoit un certain appui de la Faculté, la Clinique est en situation très précaire depuis ses débuts. En effet, contrairement au Centre hospitalier universitaire vétérinaire (CHUV), la Clinique des oiseaux de proie ne génère pas de revenus. Comme les oiseaux de proie sont des espèces à déclaration obligatoire, le gouvernement accepte de payer pour le transport de ces derniers vers la Clinique. Par contre, la Clinique ne reçoit aucune subvention pour le remboursement des soins qui sont prodigués aux patients, dont la valeur est évaluée à environ 150 à 200 $ par oiseau.

Comme le souligne le Dr Fitzgerald, « il y a beaucoup de bonne volonté au gouvernement, mais peu d’argent ». Il se souvient qu’à un certain moment, un fonctionnaire qui était particulièrement sympathique à sa cause avait réussi à débloquer un fonds de 9 550 $ pour soutenir la Clinique, sans avoir à obtenir l’approbation du Conseil du Trésor. Toutefois, au bout de trois ans, le gouvernement a malheureusement dû lui retirer cet appui. Comme il le dit souvent, le Dr Fitzgerald reçoit beaucoup de tapes sur l’épaule, mais peu d’aide financière! Pourtant, le nombre d’oiseaux acheminés à la Clinique, lui, ne diminue pas. Ce qui veut dire qu’elle répond à un besoin bien réel.

Un service essentiel

Avant la création de l’UQROP, lorsqu’un agent de protection de la faune trouvait un oiseau blessé, il le déclarait au bureau du ministère, mais l’oiseau finissait souvent par être euthanasié car l’expertise nécessaire pour le soigner et veiller à sa réhabilitation n’était pas disponible. De nos jours, les oiseaux de proie blessés peuvent être acheminés dans l’un des nombreux points de chute du Québec, pour ensuite être transportés par messager directement à la Clinique des oiseaux de proie afin d’être traités convenablement. Vous devinerez donc qu’aujourd’hui, les agents de la faune s’entendent pour dire que l’UQROP offre un service essentiel.

Parmi les plus importants centres de réhabilitation en Amérique du Nord

Lorsqu’il a fondé l’UQROP, le Dr Fitzgerald savait qu’il répondait à un besoin criant, mais il était loin de penser que l’organisation se développerait autant. « L’objectif est demeuré le même depuis le début, mais jamais je n’aurais pu présager que cela prendrait autant d’ampleur, et surtout, que ça durerait aussi longtemps », avoue-t-il. Selon une enquête effectuée au milieu des années 90 auprès d’une centaine de centres de réhabilitation d’oiseaux de proie en Amérique du Nord, l’UQROP se situerait parmi les 5 centres majeurs en ce qui concerne son achalandage.

L’activité « Chouette à voir! » attire entre 6 000 et 7 000 visiteurs chaque été à St-Jude. L’équipe de l’UQROP effectue également plus de 200 visites dans les écoles, bibliothèques et lieux publics chaque année. Au début, le Dr Fitzgerald faisait lui-même les visites. C’est ainsi qu’il a bâti le programme éducatif de l’UQROP. Il a toujours eu un intérêt personnel pour la communication avec les jeunes et l’idée de pouvoir marquer ceux-ci par ses enseignements le motive beaucoup. Il a d’ailleurs été très ému récemment, lorsqu’une candidate en entrevue lui a mentionné qu’elle souhaitait travailler au sein de l’organisme car elle avait été marquée par la visite de l’UQROP à son école primaire.

Une équipe passionnée

L’équipe permanente de l’UQROP est composée de trois personnes. Ce sont des gens extrêmement polyvalents et passionnés, qui travaillent pour des salaires trop bas, selon le Dr Fitzgerald.
Durant l’été, en raison de l’achalandage qu’engendre l’activité « Chouette à voir! », l’UQROP doit généralement engager trois personnes additionnelles et faire appel aux services de deux bénévoles par jour. À cet effet, l’organisme gère une banque de quarante à soixante bénévoles pour répondre aux besoins en période estivale. Parmi ceux-ci, il y a bien sûr des médecins vétérinaires et des ornithologues, mais également des gens issus de tous les domaines, retraités ou non, qui sont passionnés d’oiseaux.

Plusieurs menaces planent à l’horizon

Même après les 25 années d’existence de l’UQROP, le Dr Fitzgerald doit relever de nombreux défis. Premièrement, la Clinique est menacée par la destruction éventuelle de la bâtisse où elle est située. C’est pourquoi il travaille d’arrache-pied pour faire connaître la Clinique et l’UQROP, dans l’espoir que des gens ou des organisations soient sensibles à sa cause et acceptent de collaborer financièrement à la relocalisation et à l’aménagement d’une nouvelle clinique.

L’autre menace qui le guette, c’est le roulement du personnel. Présentement, l’UQROP a la chance de pouvoir compter sur trois employés permanents très dévoués, qui tiennent l’organisation à bout de bras depuis longtemps. Mais la journée où l’un d’eux quittera l’organisme, tout sera à refaire. Pour engager des gens compétents et aussi polyvalents, il faut du temps et de l’argent, ce que l’organisme n’a pas assez.

Une question de réseautage et de marketing

Lorsqu’on se lance dans un projet d’une telle envergure en ne partant de rien, on se rend compte rapidement que l’on se bute souvent le nez à des portes fermées. Depuis ses débuts en tant que président de l’UQROP, le Dr Fitzgerald doit constamment faire du réseautage s’il veut que l’organisme survive, ce qui exige beaucoup de temps et d’efforts de sa part.

C’est pourquoi, si c’était à refaire, le Dr Fitzgerald tenterait de s’associer à un professionnel en gestion et en marketing, qui pourrait l’appuyer dans son rôle de développement. « Ce qu’il manque à la structure de l’UQROP, c’est un directeur général qui saurait amener l’organisation à un niveau supérieur », dit-il. Certains pourraient penser qu’il est utopique de croire qu’une personne ayant ce profil accepterait de faire ce travail bénévolement, mais il est toujours permis de rêver… Après tout, le Dr Fitzgerald le fait bien, lui, depuis 25 ans!

Sur le lot d’oiseaux soignés à la Clinique, environ 44 % seront remis en liberté alors que 53 % mourront ou seront euthanasiés.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il nous apparaissait important de rendre hommage à cet homme passionné, qui a su faire preuve de persévérance et de leadership et qui a contribué à l’essor de la profession dans un domaine encore méconnu.

Dr Guy Fitzgerald, m.v.